Source: https://www.lorientlejour.com/article/1215557/les-eaux-usees-potentiel-outil-de-surveillance-du-covid-19.html

Avec un virus sans cesse surprenant, le consensus est moins grand quant à l’hypothèse d’une contamination par l’intermédiaire des eaux usées rejetées dans l’environnement.

 

De Paris à Milan, des Etats-Unis à l’Australie, des chercheurs traquent les traces du nouveau coronavirus dans les eaux usées, un moyen de suivre l’évolution de l’épidémie et une clé pour élaborer un système d’alerte précoce.

Depuis l’apparition de la maladie en Chine, plusieurs études scientifiques ont relevé la présence du virus dans les selles de patients. Des toilettes aux égouts et aux stations d’épuration, il n’y a qu’un pas qu’ont franchi plusieurs groupes de recherche qui ont vite trouvé des éléments du génome du Sars-Cov-2 dans les eaux usées, à Paris, Amsterdam ou Brisbane. “Cette découverte (…) ne comporte aucun risque” pour la santé, a assuré Luca Lucentini, directeur du département de la qualité de l’eau à l’Institut supérieur de la Santé italien (ISS), dans un communiqué annonçant plusieurs échantillons positifs à Rome et Milan. Aucun risque effectivement pour l’eau du robinet dans les pays où elle est soumise à des traitements scrupuleux, assurent les scientifiques.

Mais avec un virus sans cesse surprenant, le consensus est moins grand quant à l’hypothèse d’une contamination par l’intermédiaire des eaux usées rejetées dans l’environnement. Certes, la présence de traces dans les selles ne veut pas nécessairement dire que le virus est infectieux, ni qu’il est transmissible par cette voie, estiment certains experts. Et il est incapable de se répliquer dans la nature hors d’un hôte, insistent d’autres. Mais même si les postillons semblent la voie privilégiée de contamination, l’exposition au Sars-Cov-2 dans les eaux usées “pourrait poser un risque sanitaire”, tempèrent dans un texte publié dans The Lancet Willemijn Lodder et Ana Maria de Roda Husman, du Centre de contrôle des maladies infectieuses aux Pays-Bas. Ce Centre avait annoncé dès fin mars avoir détecté du matériel génétique du virus notamment dans les eaux usées à Amsterdam.

Au-delà des questions de risques sanitaires, les eaux usées pourraient “servir de source de données, pour savoir si le virus circule dans la population humaine”, insistent les chercheuses. Cela pourrait même permettre de “suivre l’évolution du virus”, assure à l’AFP Vincent Maréchal, virologue à Sorbonne université, qui a participé à une étude menée par le laboratoire de la régie municipale Eau de Paris. Sur la base d’échantillons recueillis régulièrement entre le 5 mars et le 7 avril, leurs résultats publiés la semaine dernière (non validés par d’autres scientifiques) montrent que l'”augmentation des unités de génome” dans les eaux usées “suit avec précision l’augmentation du nombre de morts”.