Source: https://www.jim.fr/en_direct/pro_societe/e-docs/suivre_lepidemie_au_fil_de_leau_usee__183031/document_actu_pro.phtml

Paris, le mardi 19 mai – Une équipe de chercheurs a mesuré le taux de coronavirus dans les eaux usées pendant plusieurs semaines. Un procédé qui pourrait permettre de suivre l’évolution de l’épidémie.
Depuis le début du déconfinement, les autorités sanitaires misent sur le dépistage de la population pour suivre l’évolution de l’épidémie et pouvoir anticiper et limiter une éventuelle seconde vague. Une équipe de chercheurs parisiens a décidé de privilégier une autre piste en traquant le coronavirus non pas chez les individus mais dans nos égouts. En effet, les personnes infectées par le SARS-Cov2 rejettent le virus via leurs selles et le virus est détectable dans les eaux usées jusqu’au troisième jour.
Les chercheurs d’Eau de Paris, l’organisme chargé de la distribution de l’eau en région parisienne, ont donc analysé, par test PCR, les eaux usées d’Ile de France pendant plusieurs semaines. L’étude, nommé projet Obépine, a été menée en partenariat avec des chercheurs de la Sorbonne et de l’armée. Les résultats de l’étude ont été publiés le 6 mai dernier.
L’analyse des eaux usées de la région Ile de France du 5 mars au 23 avril a permis de retracer l’évolution de l’épidémie. Dès le 5 mars, alors que moins d’une centaine de cas sont officiellement recensés dans la région, on retrouve des traces de coronavirus dans les eaux usées. Cette présence n’a cessé d’augmenter jusqu’à une semaine après le début du confinement, avant de diminuer lentement mais surement.

Une nouvelle donnée épidémiologique à prendre en compte ?

Pour les auteurs de l’étude, il ne fait aucun doute que la mesure du taux de coronavirus dans les eaux usées est une méthode efficace pour retracer l’évolution de l’épidémie et déterminer si une deuxième vague se profile. Une technique qui serait plus efficace que le dépistage massif puisqu’elle prend en compte les cas asymptomatiques et non diagnostiqués. « C’est un indicateur très sensible dès le début, cet outil nous permet de dire très précocement que l’épidémie démarre et peut être de dire dans le futur si elle redémarre » explique Laurent Moulin, microbiologiste à Eau de Paris et coauteur de l’étude.
Les autorités n’ont pas encore manifesté d’intérêt pour cette nouvelle technique de suivi de l’épidémie et n’envisagent pas pour l’instant d’intégrer le taux de virus dans l’eau dans leurs données épidémiologiques. Le projet Obépine a cependant reçu un financement du Care, le comité scientifique bis de l’Elysée, pour étendre son étude à l’ensemble du territoire. Des chercheurs de l’université de Limoges ont d’ores et déjà commencé à mesurer le taux de coronavirus dans la région. Des études similaires sont menées en Belgique et aux Etats-Unis.
En Australie, le ministère de la santé a indiqué que l’analyse des eaux usées servirait désormais d’indicateur d’alerte.

Inquiétude chez les égoutiers

Au-delà des questions épidémiologiques, on peut se demander si la présence de virus dans les eaux usées représente un danger pour la population. Les scientifiques se veulent rassurants : il n’y a aucun risque pour l’eau du robinet, traitée plusieurs fois et dont le réseau n’est pas relié à celui des eaux usées. Pour les eaux usées, le risque semble minime, la durée de vie du SARS-Cov-2 hors d’un véhicule vivant étant assez faible.

Malgré ces nouvelles rassurantes, des égoutiers de Paris se sont mis en grève depuis le 11 mai, alors que leur activité avait été fortement diminuée durant le confinement. Bien qu’il n’ait pas été prouvé que les eaux usées soient contaminantes, ils demandent des matériels de protection au nom du principe de précaution. « Rien ne prouve que le virus retrouvé dans les eaux usées soit actif » leur répond pour le moment la mairie de Paris.