Par Aude Bariéty

source: https://www.lefigaro.fr/sciences/coronavirus-des-traces-minimes-detectees-dans-les-eaux-usees-de-paris-20200708

 

L’Académie de médecine recommande de surveiller «systématiquement» ces eaux usées afin de mieux appréhender la circulation des virus.

 

Une scientifique du laboratoire Eau de Paris, en juillet 2012 (photo d’illustration) PATRICK KOVARIK / AFP

Selon des informations du Monde confirmées au Figaro, des analyses ont récemment permis de détecter des traces «minimes» de Covid-19 dans le réseau d’eau non potable de la capitale. En avril dernier, le laboratoire de la régie municipale Eau de Paris avait déjà annoncé avoir découvert des traces «infimes» de Covid-19 sur 4 des 27 points de prélèvements testés. La mairie avait alors décidé, par «précaution», de ne plus utiliser son réseau d’eau non potable, qui contribue d’ordinaire à l’arrosage des jardins, au nettoyage des rues et à l’entretien des égouts.

Ces traces interrogent sur une possible résurgence de l’épidémie, à l’heure où de nombreux pays reconfinent des pans entiers de leur territoire. Les autorités restent toutefois prudentes. «Le virus circule toujours à bas bruit sur tout le territoire, y compris à Paris. Il n’est donc pas surprenant d’en trouver des traces dans les eaux usées. Ce résultat est un marqueur supplémentaire de la circulation virale», concède la Direction générale de la santé (DGS). Mais «il est difficile» de dire si ces traces correspondent à «des infections récentes», ainsi que de «définir des seuils d’interprétation», souligne-t-elle.

«Nous ne sommes absolument pas au niveau de ce qu’on voyait au plus fort de la crise. On ne peut pas parler d’une réémergence épidémique, mais il faut rester vigilants», insiste l’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France, qui «à ce stade, ne tire pas de conclusions». De son côté, la mairie de Paris botte en touche et renvoie vers l’ARS : «Les résultats ont été immédiatement transmis à l’ARS, autorité compétente pour en analyser la signification et en tirer le cas échéant les adaptations nécessaires des protocoles sanitaires. La Ville les appliquera évidemment à la lettre».

Un «outil précieux»

Les autorités soulignent en tout cas le rôle crucial que pourrait jouer à l’avenir la surveillance des eaux usées, sujet sur lequel des chercheurs travaillent actuellement d’arrache-pied dans le cadre du projet Observatoire épidémiologique dans les eaux usées (Obépine). «Cet indicateur va être intégré dans notre dispositif de surveillance», affirme l’ARS. Signe de la montée en puissance de cet outil, une visite de la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation Frédérique Vidal était prévue dans un centre des Eaux de Paris ce vendredi – avant d’être finalement annulée.

L’Académie de médecine s’est quant à elle clairement positionnée en faveur du développement de ce suivi des eaux usées. Dans un communiqué publié le 7 juillet, elle estime que cet «outil précieux» peut «jouer un rôle stratégique dans la surveillance prospective et régulière de la circulation du virus». Elle «recommande» de «rendre systématique» ce suivi «tant que le virus circulera dans la population», et propose d’étendre cette surveillance systématique à d’autres virus. Des préconisations dans la droite ligne de celles faites en avril par l’Académie des technologies.

À l’étranger, l’expérience a déjà prouvé que l’examen des eaux usées pouvait fournir des informations cruciales. En juin, l’Institut supérieur de la santé italien a ainsi révélé avoir analysé rétrospectivement des eaux usées prélevées à la fin de l’année dernière à Milan et Turin, les deux plus grandes villes du nord du pays. Il s’est avéré que des traces de Covid-19 y figuraient, ce qui semble démontrer que le virus circule depuis le mois de décembre 2019 en Italie, alors que le premier cas formellement identifié ne remonte qu’à février 2020.