https://www.20minutes.fr/societe/2964167-20210128-coronavirus-ile-france-covid-19-baisse-eaux-usees-niveau-toujours-tres-eleve

Par: Caroline Politi

 

  • Les stations de traitement des eaux usées montrent une baisse de la concentration du virus dans les eaux usées franciliennes.
  • Les chercheurs traquent le variant anglais dans les eaux usées.

 

Une lueur d’espoir mais surtout une mise en garde. « Ce n’est pas parce qu’on observe une tendance à la décroissance ces derniers jours qu’il faut se relâcher, bien au contraire, on est toujours très au-dessus des seuils d’alerte », insiste Vincent Maréchal, professeur en virologie à l’université de la Sorbonne.

Selon nos informations, la concentration de Covid-19 dans les  eaux usées de la région parisienne semble marquer le pas depuis la mi-janvier : dans trois des six stations d’épuration d’Ile-de-France, les taux sont en baisse, dans une autre, ils sont stables. Seule une station, celle d’Evry, enregistre une légère hausse. Dans la dernière, les prélèvements ont été interrompus à la mi-janvier en raison de problèmes logistiques.

 

Un gros apport d’eau pluviale peut faire varier les concentrations.

Depuis le début de la crise sanitaire, les scientifiques du   réseau Obépine mesurent dans les eaux usées la concentration de Sars-CoV-2 afin de saisir l’évolution de l’épidémie avec une longueur d’avance sur les indicateurs classiques, à l’instar des tests PCR, des appels au Samu ou des hospitalisations. Car que l’on soit asymptomatique ou que l’on n’ait pas encore poussé les portes d’un laboratoire pour se faire dépister, des traces du virus sont présentes dans notre organisme et sont évacuées à travers l’urine ou les selles.

Dès le 20 juin, ils sont ainsi parmi les premiers à alerter sur un  retour de l’épidémie alors que l’incidence est quasiment nulle. « C’est un indicateur stable mais qui peut être biaisé par des facteurs extérieurs, météorologiques notamment », précise le professeur en virologie. Un gros apport d’eau pluviale peut, par exemple, faire varier les concentrations.

Un effet du couvre-feu ?

Les derniers résultats, qui seront publiés vendredi sur le site d’Obépine, montrent qu’après un rebond marqué au moment des fêtes de fin d’année dans plusieurs stations d’épuration, la situation s’est globalement stabilisée dans la région malgré quelques disparités. A Evry (Essonne), par exemple, les variations depuis plusieurs semaines sont moindres mais le plateau a tendance à monter légèrement. A Lagny-sur-Marne (Seine-et-Marne) ou à Paris Seine-Morée (Seine-Saint-Denis), la baisse est marquée.

« C’est difficile d’associer un territoire à une tendance car ces stations couvrent une zone très large, précise Vincent Maréchal. Les indicateurs permettent de dégager une tendance globale mais manquent de finesse pour dire dans telle ville le virus circule plus que dans une autre. »

Les contaminations n’ont jamais cessé

Peut-on voir dans cette baisse un effet du couvre-feu avancé à 18 h dès le 16 janvier ? Les scientifiques ont noté depuis le début de la pandémie que les effets d’une mesure étaient observés dans les eaux usées environ une semaine après son application. La situation reste néanmoins préoccupante : alors qu’après le confinement du printemps, plus aucune trace de virus n’était détectable dans les eaux usées de la région, celui d’octobre n’a pas été assorti des mêmes effets. Le recul après le pic de fin octobre a été bien moins net et les courbes restent depuis sur un « plateau haut », signe que les contaminations n’ont jamais cessé.

Désormais, les chercheurs du réseau Obépine traquent le variant anglais dont la propagation ne cesse d’inquiéter les autorités. On estime qu’il représente désormais près de 10 % des cas dans la région parisienne. « Les données peuvent remonter très rapidement si ce variant se répand dans la population », avertit le chercheur. Signe que la situation épidémique reste extrêmement précaire.